Vous recevrez un email comme celui de vos futurs clients, pour confirmer vos coordonnées et réserver votre RDV d'installation.

Tous les blogs

Blog

La liste qui devait nous protéger a fui

4 min de lecture

Le 14 août 2026, des numéros de la liste d'opposition Bloctel se retrouvent dans la nature, au moment où la loi du 11 août l'enterre. Ce que cette ironie dit du démarchage, du consentement et de la protection des données.

Par Israël N'DRY, fondateur de ncripted

Le 14 août 2026, une fuite d'un genre particulier a été signalée par les veilleurs spécialisés : des numéros de téléphone issus de la liste d'opposition Bloctel, la liste sur laquelle les Français s'inscrivaient pour ne plus être démarchés. Trois jours plus tôt, le 11 août, la loi qui enterre ce système entrait en vigueur. On n'écrit pas de meilleures fins de chapitre.

Je ne vais pas m'attarder sur les circonstances, qui restent à établir, ni accabler qui que ce soit : l'été 2026 a montré que des organisations autrement mieux armées que la moyenne des entreprises, l'administration fiscale, l'éducation nationale, une agence sanitaire, n'ont pas tenu. Ce qui m'intéresse, c'est ce que cette fuite précise, celle-là entre toutes, raconte du système qu'on quitte et de celui qui commence.

Ce que Bloctel disait de nous

Bloctel reposait sur une idée qui semblait de bon sens : puisque le démarchage est permis par défaut, donnons aux gens un endroit où dire non. Une liste centrale, que les professionnels devaient consulter avant d'appeler. Vingt ans de télémarketing ont démontré les trois défauts de cette architecture.

D'abord, elle inversait la charge : c'était à la personne dérangée de faire la démarche, de s'inscrire, de renouveler, de signaler. Le silence valait autorisation. Ensuite, elle ne prouvait rien : un professionnel pouvait consulter la liste ou ne pas la consulter, et la personne appelée n'avait aucun moyen de savoir si son opposition avait été vérifiée. Enfin, et c'est le point que la fuite éclaire crûment, elle concentrait : pour fonctionner, la liste devait exister quelque part, exhaustive, à jour, interrogeable. Des millions de numéros de gens qui demandaient précisément la tranquillité, réunis en un seul endroit. Une liste d'opposition est, techniquement, un annuaire inversé de personnes qui ne veulent pas être appelées. Le jour où elle circule, elle devient exactement ce contre quoi elle protégeait.

C'est le paradoxe de toutes les listes centrales, et il mérite d'être dit simplement : toute donnée rassemblée pour protéger peut servir à cibler, dès qu'elle change de mains. La valeur défensive et la valeur offensive d'un fichier sont le même fichier.

Ce que le 11 août inverse

La loi du 30 juin 2025, en vigueur depuis le 11 août, ne répare pas Bloctel : elle en abandonne le principe. Plus de liste où dire non ; un régime où le professionnel ne peut appeler que ceux qui ont dit oui, et où c'est à lui de le prouver, accord daté, spécifique, révocable. Le silence ne vaut plus rien. La charge change de camp.

On peut discuter les modalités, et les professionnels sérieux du télémarketing le font. Mais l'architecture, elle, est la bonne, et pas seulement juridiquement : un système fondé sur le consentement prouvé n'a pas besoin de liste centrale des opposants. Il n'y a plus rien à faire fuiter de ce côté-là. La protection ne repose plus sur un fichier à garder, mais sur une preuve à détenir, distribuée chez chaque professionnel, pour ses seuls clients consentants.

Reste la question qui fâche : ces preuves-là, chez le marchand moyen, existent-elles ? L'été a répondu aussi. Les grandes enseignes ont envoyé des vagues d'emails pour reconstituer des accords que leurs systèmes n'avaient pas gardés, cliquez ici pour continuer à recevoir nos offres. Quand une industrie entière doit redemander ce qu'elle était censée détenir, c'est que le problème n'était pas Bloctel : c'était l'absence de preuve à la source. J'ai détaillé ailleurs pourquoi ces clics de rattrapage prouvent moins qu'on ne l'espère ; le fond tient en une phrase, un accord qui ne se prouve pas n'existe pas.

Ce qu'on en fait, concrètement

Si vous dirigez une boutique en ligne ou un commerce, cette histoire a une morale pratique, en deux gestes.

Le premier : cessez de compter sur les dispositifs centraux, dans les deux sens. Bloctel ne vous protégera plus d'un contrôle, et aucune liste ne protégera vos clients à votre place. Ce qui compte désormais vit chez vous : l'accord recueilli au moment de la collecte, par canal, horodaté, exportable. C'est faisable dès cette semaine, et j'ai publié un guide complet sur la méthode.

Le second : regardez vos propres listes avec les yeux du 14 août. Chaque fichier de coordonnées en clair que vous détenez, dans votre outil d'emailing, vos exports, vos prestataires, est un Bloctel en miniature : rassemblé pour servir, exploitable dès qu'il circule. La question n'est pas de savoir si vos outils sont sérieux, ceux de l'État l'étaient ; c'est de savoir ce que vaudrait votre liste le jour où elle sort. La réponse la plus solide que je connaisse : qu'elle ne vaille rien, parce que les coordonnées réelles n'y sont pas, remplacées par des alias qui ne mènent nulle part sans le coffre qui les garde. C'est le principe sur lequel j'ai construit ncripted, et c'est un principe avant d'être un produit : moins vos systèmes détiennent, moins une fuite vous coûte, à vous et à ceux qui vous font confiance.

Bloctel meurt deux fois le même mois, par la loi et par la fuite. La bonne façon d'honorer ce qu'il essayait de faire, c'est de construire ce qu'il ne pouvait pas être : une protection qui n'a pas besoin qu'on lui confie une liste pour fonctionner.

Israël N'DRY

Fondateur et CEO de ncripted

Israël N'DRY est le fondateur de ncripted, service français de collecte chiffrée. Pour la méthode complète de mise en règle : le guide du 11 août. Pour le plan d'action en cas d'incident : le guide fuite de données.